17Déc 2011
Musique / Presse

Une tempête sur Vénus fait trembler la Cité de la musique Le Monde, 17 décembre 2011

Olga Neuwirth © Betty Freeman

D'un compositeur l'autre, les partitions de musique contemporaine peuvent multiplier les changements de repères. Les salles aussi. Jeudi 15 décembre, celle de la Cité de la musique, à Paris, semble avoir été chamboulée pendant l'entracte.

Les membres de l'Ensemble intercontemporain, qui avaient interprété en première partie deux pages très captivantes (l'une, glauque, de Fausto Romitelli ; l'autre, subtile, de Matthias Pintscher) de manière traditionnelle - c'est-à-dire sur scène -, se retrouvent un peu partout autour du public, et leur chef (Matthias Pintscher), au beau milieu des spectateurs. Sur le plateau n'est resté que le quatuor à cordes tandis que quatre groupes à l'effectif renouvelé sont répartis à l'étage et que chaque angle du parterre est occupé par un soliste.

Les préposés au saxophone (Vincent David), au tuba (Gérard Buquet), à la clarinette basse (Alain Billard) et à la flûte (Emmanuelle Ophèle) figurent les points cardinaux de la géographie sonore conçue par Olga Neuwirth, 43 ans, dans Construction in Space. Donnée en création française à l'occasion du dernier concert du Festival d'automne à Paris, la pièce de la compositrice autrichienne qui s'est jadis labellisée "dépressionniste" s'inspire d'une nouvelle, The Long Rain, de Ray Bradbury, dans laquelle quatre astronautes sont aux prises avec une pluie démentielle sur la planète Vénus.

Alternant zones de turbulence d'une superbe plasticité (sur le mode de la rafale inouïe) et plages d'immobilisme inquiétant (ondes rampantes dues à un formidable usage de l'électronique en direct), Construction in Space s'apparente à un thriller musical qui tient en haleine pendant 45 minutes. L'espace, au propre comme au figuré, y joue le premier rôle comme un personnage mutant. Si Stanley Kubrick s'était emparé d'un tel sujet pour en faire un film, la musique d'Olga Neuwirth lui aurait fourni une bande-son aussi appropriée que celle de György Ligeti pour Shining.

Pierre Gervasoni