Marche La Route présente
« JE NE SAIS QUOI » D'après les chansons d'Yvette Guilbert Et sa correspondance avec Freud
10 février 28 mars 2010
au Lucernaire
à 20h, et 17h le dimanche (relâche lundi), salle noire
Durée 1h15
Chant et conception : Nathalie Joly Piano : Jean Pierre Gesbert Sous le regard complice de Jacques Verzier
Spectacle créé sur une proposition de Paul Denis à la demande de la Société Psychanalytique de Paris pour le 150ème anniversaire de Freud et les 80 ans de la SPP, à La Mutualité à Paris, au Procope pour la Fédération Européenne de la Psychanalyse, à La Vieille grille à Paris, à La Mirande/Musiques en Festival, Avignon 2008, au théâtre de la Tempête cartoucherie (novembre - décembre 2008) en coréalisation à Fontenay sous bois, à Erevan en Arménie pour la fête de la musique, au festival d'Avignon 2009 (Théâtre du Petit Chien), au Festival d'Estagel, Institut Français de Lisbonne 31 octobre: 22ème colloque Société Portugaise de Psychanalyse, Théâtre de la vieille grille à Paris 17 au 31 décembre 2009, Théâtre Firmin Gémier à Antony 26 janvier 2010, Théâtre Jean Vilar à Suresnes 5 février 2010, L'Allan, Scène Nationale de Montbéliard 9 et 10 mars 2010, Théâtre du Val d'Yerres, Brunoy 30 mars 2010, Caves Legrand Paris
Spectacle avec l'agrément des Sigmund Freud Copyrights, du London Freud Museum, de la Société des Gens de Lettres de France et des éditions Gallimard.
CD - livre c/o Seven doc « Je ne sais quoi Nathalie Joly chante Yvette Guilbert » : Le CD réunit les 19 chansons d'Yvette Guilbert interprétées dans le spectacle; il est accompagné d'un livret de 48 pages rassemblant les textes des chansons et la correspondance inédite entre Freud et Yvette Guilbert.
Presse au théâtre de la Tempête Cartoucherie
« Un savoureux et très beau spectacle de Nathalie Joly sur l'admiration musicale que Freud vouait à Yvette Guilbert » France Culture David Jisse - L'oreille d'un sourd
« Le spectacle enchaîne sans temps morts chansons et extraits de lettres, et intermèdes dialogués ...un spectacle débordant d´'humour et d'intelligence... » LIBÉRATION FRANCOIS XAVIER GOMEZ
« Nathalie Joly a conçu un spectacle savoureux et dense, dont on adorerait qu'il ne finît point » LA VOIX DU Luxembourg Claire Moreau
« Le Paris que le psychanalyste aimait, ses dits et non-dits, servis sur plateau » LE POINT Valérie Marin la Meslée
« ...Un moment divin » TELERAMA Joshka Schidlow
« JE NE SAIS QUOI »
Freud avait entendu Yvette Guilbert dès ses débuts au Cabaret lors de son premier séjour à Paris, lorsqu'il suivait les consultations de Charcot vers 1890. Elle figurait pour lui le Paris de sa jeunesse. Frappé par l'esprit de l'interprète qui saisit l'âme humaine avec humour et cruauté, compassion et tendresse, il lui fait part de son admiration. Tous deux cherchaient dans les "terres inconnues" de la sexualité ce qui alimente la vie de l'esprit. Yvette Guilbert, la diseuse fin de Siècle, Reine incontestée du caf'conc', fut pendant cinquante ans l'ambassadrice de la chanson française dans plus de trente pays. Son Art de l'authenticité séduit Freud. Leur correspondance inédite retrace l'exil de Freud et leurs échanges entre Vienne, Paris et Londres. Cette création témoigne d'une amitié qui dura un demi-Siècle. On reconnaîtra le « Je ne sais quoi » de la célèbre chanson « Madame Arthur » ou le « Dites-moi que je suis belle », chanson préférée du Maître de la Psychanalyse. Passionnée par les formes parlées et chantées, et particulièrement par la musique de Kurt Weill et le Sprechgesang, j'ai dirigé mes recherches vers le répertoire des années 30-40. En France dans la chanson réaliste ou l'intermède forain, la revue, en Allemagne dans le cabaret Berlinois, en Espagne dans le café cantante, comme en Roumanie dans la doîna, partout on retrouve dans cette Europe de l'entre-deux-guerres cet art particulier du parlé chanté. Le texte y tient une part prépondérante et contribue avec la ligne mélodique à raconter cette part d'humanité : Chansons d'amour mais aussi inégalités sociales, sur le mode tragique ou comique. Mais l'origine en France de cet art, c'est chez la première diseuse, Yvette Guilbert, qu'il faut la chercher, comme Sarah Bernhard est le maître dans l'art de la déclamation. Charles Gounod lui dit en l'entendant : « Continuez à parler en chantant comme vous le faites, c'est là votre « merveille » , ce chant parlé, ce rythme dans le verbe ». « Pour l'artiste, comme pour la diseuse de chansons, cette science du beau parler doit s'augmenter de la science d'allumer et d'éteindre les mots, de les plonger dans l'ombre ou dans la lumière, selon leur sens, de les amoindrir ou de les amplifier, de les caresser ou de les mordre, de les sortir ou de les rentrer, de les envelopper ou de les dénuder, de les allonger ou de les réduire...» Yvette Guilbert (La chanson de ma vie, Grasset).
Sigmund Freud prétendait ne pas aimer la musique, mais il aimait les chansons d'Yvette Guilbert, pas seulement parce qu'elles lui rappelaient le Paris de sa jeunesse, mais par tout ce que ces chansons exprimaient de sentiments profonds, de désirs, de conflits et d'humour dans la détresse. A l'inverse de Romain Rolland qui s'abandonnait volontiers au « sentiment océanique » communiqué par les foules ou par l'orchestre, Freud se gardait de l'exaltation, sans doute pensait-il que c'est un état qui fait perdre le contact avec la réalité et a toujours quelque chose de factice. Il n'aimait l'air qu'avec la chanson, mais aussi avec le talent de l'artiste, avec sa présence charnelle. L'émotion dont il parle en évoquant certaines pages d'Yvette Guilbert, « La soularde » par exemple tient à la justesse du texte dans l'expression du malheur, de la déchéance sociale et du rejet dont la souffrance psychique est l'objet, mais aussi au talent de la comédienne chantante, de l'artiste dont Freud n'a jamais tenté de réduire le mystère : « Pourquoi frémit-on en entendant "La Soularde" ou pourquoi répond-on "oui" avec tous ses sens à la question : "Dites-moi si je suis belle" ? ... Mais on en sait si peu là-dessus », écrivait-il à son amie. La souffrance psychique et sa négation vont de pair avec le refus de l'inconscient : Freud ne pouvait qu'être sensible aux manifestations de l'inconscient qui apparaissent à tout moment dans les couplets d'Yvette Guilbert : la joie sadique de la dame du « Fiacre », débarrassée de son mari, le pragmatisme indulgent de Dame Gertrude, dame entretenue, qui préfère tellement choisir les vieux, l'omniprésence de la sexualité dans la vie... Yvette Guilbert se joue et joue des traits les plus noirs de l'esprit. C'est sur cette communauté de sensibilité que s'est fondée l'amitié de Freud et d'Yvette Guilbert, liés par leur aptitude commune à l'indulgence et plus encore à l'humour, cette musique du sourire si nécessaire pour supporter les vicissitudes de l'existence.
Paul Denis (©Préface du CD livre « Je ne sais quoi »)
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